La marche anti-choix : des milliers de personnes dans Paris contre l’IVG

En 1975, la loi Veil légalisait l’avortement en France. Pourtant, ce dimanche à Paris, quelques milliers de personnes se sont réunies pour manifester contre la « banalisation » du recours à l’IVG, et pour la défense de la « clause de conscience » que revendiquent certains médecins qui refusent de pratiquer des IVG.

Loin de 50 000 personnes annoncées et revendiquées par les organisateurs (7 400 selon la préfecture de police de Paris), cette treizième « marche pour la vie », comme aiment à l’appeler les anti-avortements, visait également à exprimer leur opposition à la révision de la loi sur la bioéthique. Dans leur ligne de mire : le projet de loi sur la PMA. 

Des chiffres stables

Pourtant, depuis près de 30 ans en France, les chiffres des interruptions volontaires de grossesses se stabilisent entre 210 et 230 000 chaque année. En 2018, 216 685 avortements ont été dénombrés (source INED). Et une étude publiée en septembre dernier par le ministère de la Santé détaillait également que les femmes entre 20 et 24 restaient les plus concernées, alors que les interruptions de grossesse volontaire étaient en baisse chez les jeunes filles mineures. 

Une clause de conscience qui pose problème 

Alors que l’avortement est légalisé en France depuis plus de 40 ans, le code de la santé publique donne toutefois la possibilité au médecin de refuser de pratiquer l’IVG, pour des raisons professionnelles ou personnelles (sauf urgence vitale). Une « clause de conscience » revendiquée par certains médecins opposés à l’avortement. En septembre dernier, les propos du président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (SYNGOF) qualifiant l’avortement d’homicide, avaient provoqué de vifs débats. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait fermement dénoncé ces propos, expliquant que les médecins refusant l’IVG se doivent d’orienter la patiente vers un confrère. Une obligation pas toujours respectée. 

À la suite de ces débats, Laurence Rossignol ainsi que plusieurs de ses collègues ont ainsi déposé une proposition de loi visant à « supprimer la clause de conscience en matière d’interruption volontaire de grossesse ». « Depuis la loi Veil, les adversaires de l’IVG n’ont jamais désarmé, jamais renoncé ; et le droit à l’IVG gratuite, accessible et libre continue de s’exercer sur une ligne de crête. Faute d’obtenir, comme ils le revendiquent, l’interdiction de l’IVG, ils oeuvrent, d’une part, à culpabiliser et dissuader les femmes et, d’autre part, à organiser et soutenir, dans les services de santé, les réfractaires à l’IVG. Leur but est explicite : rendre ineffectif le droit à l’avortement. », peut-on lire dans la proposition de loi. Et d’ajouter : « Disposer du droit d’interrompre volontairement une grossesse signifie également pouvoir le faire en toute sécurité : il s’agit non seulement d’un fondement de la liberté des femmes, mais de surcroît de permettre la protection de leur vie et de leur intégrité physique. »

« La clause de conscience est aujourd’hui le symbole d’un pouvoir médical qui s’arroge le droit de contester la loi et continue de se mobiliser pour contrôler le corps des femmes. Elle est une menace constante et insidieuse qui pèse sur la réalité tangible du droit à l’IVG pour toutes les femmes. »(Projet de loi pour la suppression de la clause de conscience en matière d’IVG)

Un risque mortel qui perdure dans le monde 

Sur son compte Twitter, le Planning Familial a tenu à rappeler les risques graves auxquels sont confrontées quotidiennement des femmes qui n’ont pas accès à l’IVG dans leur pays. « Tous les jours, des femmes mettent en danger leur vie et leur santé parce qu’elles ne peuvent accéder à un avortement sûr et légal. Nous devons protéger leur vie et leur droit de choisir. Ne jamais forcer une femme à porter une grossesse non voulue ».

En effet, d’après le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, 47 000 femmes décèdent chaque année « des suites d’un avortement non médicalisé dans des pays où l’IVG est illégale ». 

À (ré)écouter et (re)voir sur le sujet :

  • Le billet de Sophia Aram sur France Inter ce lundi matin :

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